Publié dans La Tribune Fonda n°245 (mars 2020), dans la rubrique « Signaux faibles », cet article de Loïc Damey, co-fondateur de Réunion Bénévolat, présente les résultats d’un mémoire de recherche mené en 2018 à l’IAE Paris – Sorbonne Business School. L’étude repose sur onze entretiens approfondis avec des chômeurs-bénévoles vivant à La Réunion.
La question de départ
Pourquoi des personnes censées chercher un emploi consacrent-elles du temps au bénévolat ? Le temps libéré par le chômage facilite-t-il l’engagement, et ces personnes apportent-elles une contribution réelle à la société ? L’article part du constat que le travail gratuit des bénévoles reste peu pris en compte, alors que les travailleurs sont surtout évalués à l’aune de leur apport économique.
Argent et motivation ne s’additionnent pas
L’auteur distingue les motivations extrinsèques, comme la rémunération, et les motivations intrinsèques, comme la recherche de sens, la satisfaction ou le plaisir, qui guident les bénévoles. S’appuyant sur les travaux de Bruno Frey et de Jean Tirole, il rappelle que ces deux moteurs ne se cumulent pas : une petite indemnité peut réduire l’implication plutôt que l’augmenter. C’est l’effet d’éviction des motivations.
Donner pour recevoir
Plutôt qu’un don sans contrepartie, le bénévolat apparaît comme un échange en nature, sans contrat, que l’article éclaire par le paradigme du don et du contre-don de Marcel Mauss. Dans les entretiens, ce que les personnes donnent et ce qu’elles reçoivent sont souvent évoqués dans la même phrase : nouvelles compétences, vie sociale, sentiment d’utilité. Ce besoin de voir rapidement ce que l’on donne et ce que l’on reçoit expliquerait aussi l’essor du bénévolat ponctuel.
Un revenu découplé de l’activité

L’article distingue trois profils dans les associations : les salariés, les bénévoles et les chômeurs-bénévoles. Ces derniers ne sont pas payés par l’association, mais perçoivent des allocations versées par les pouvoirs publics, sans condition de service rendu. Près de 30 % des personnes qui choisissent le bénévolat sont au chômage, alors que le travail bénévole représente près de 2 % du PIB, soit environ 40 milliards d’euros. L’État apparaît ainsi comme un employeur en dernier ressort, et les personnes interrogées vivent cette situation comme un échange équilibré entre leur revenu et leur contribution.
L’étude met aussi en évidence une alternance entre périodes d’emploi et périodes de bénévolat : en retrouvant un travail, le chômeur-bénévole réduit son engagement sans l’arrêter. L’auteur souligne une limite de l’échantillon, composé de personnes très diplômées.
Des pistes pour reconnaître cette contribution
Pour mieux valoriser l’apport des chômeurs-bénévoles, l’article propose plusieurs pistes :
- informer sur les compétences professionnelles que l’on peut acquérir grâce au bénévolat ;
- créer des certificats de compétences reconnus par toutes les institutions ;
- reconnaître le travail bénévole formel, informel et domestique ;
- intégrer l’apport bénévole dans le PIB ;
- faciliter l’alternance entre emploi et bénévolat et mieux communiquer sur les missions.
Plutôt qu’une obligation de bénévolat en échange des allocations, qui risquerait d’éteindre la motivation, l’auteur suggère la logique inverse : un « congé d’engagement bénévole » qui dispenserait temporairement de recherche d’emploi les chômeurs déjà engagés, afin de dynamiser le tissu associatif.
Référence
Loïc Damey, « Le travail gratuit des chômeurs-bénévoles. Une logique de contribution à ré-évaluer ? », La Tribune Fonda, 2020/1, n°245, p. 55-59. DOI : 10.3917/trifo.245.0055.