Paru dans la Revue Quart Monde n°274 (2025/2), dans le dossier « L’impact d’un long combat », cet article de Loïc Damey, chargé de recherche à Réunion Bénévolat et doctorant en sociologie à l’Université Paris Cité, cherche à comprendre ce qui pousse des personnes à donner de leur temps, et comment leur offrir la meilleure expérience possible.
Un statut encore en construction
Il n’existe pas de statut officiel du bénévole : aucun texte ne fixe ses droits et ses obligations, ce qui rend impossible un véritable contrat bénévole. Pourtant, de nombreuses démarches dessinent peu à peu un statut de fait : déclaration des dirigeants associatifs, demandes de subventions, formulaires Cerfa, déclarations auprès des assurances et des banques, valorisation des heures bénévoles en comptabilité, remise de médailles. Ce flou explique aussi que beaucoup de bénévoles ne se reconnaissent pas comme tels.
Le carré du bénévolat
Les définitions du bénévolat sont nombreuses. La plus courante retient trois dimensions : la liberté de choix, l’absence de rémunération et l’action tournée vers autrui. Avec Lionel Prouteau, l’auteur y ajoute une quatrième : le contexte dans lequel l’activité se déroule. La définition proposée par le Conseil économique, social et environnemental en 2022 sert aujourd’hui de référence.

Pour situer une activité, l’auteur propose un outil graphique : le carré du bénévolat. Chaque côté représente une frontière, et l’activité n’est bénévole que si elle reste à l’intérieur des quatre. Chaque frontière soulève des questions : un défraiement ou un repas offert est-il une rémunération ? Un président que personne ne veut remplacer est-il libre ? L’aide apportée à un voisin ou à un proche relève-t-elle du bénévolat ? Un formateur ou un artiste bénévole n’agit-il pas aussi pour lui-même ? Selon ses réponses, chacun construit sa propre définition.
Donner, recevoir, rendre
Pour expliquer les motivations des bénévoles, l’article mobilise la théorie du don et du contre-don de Marcel Mauss, fondée sur une triple obligation de donner, recevoir et rendre. Donner n’est alors qu’une étape qui mène à recevoir : lien social, sens, épanouissement personnel, reconnaissance ou simple sentiment d’utilité. Les travaux d’Alain Caillé et de Norbert Alter montrent que ce retour ne vient pas forcément de la personne aidée.
Trois comportements bénévoles
À partir d’entretiens menés auprès de bénévoles à La Réunion, l’auteur distingue trois comportements :
- Un contre-don imprévu. La personne s’engage d’abord pour aider autrui, puis découvre après coup ce que cela lui apporte : du plaisir, des compétences, parfois un nouveau métier.
- Un don pour autrui, mais aussi pour soi. Forte d’une expérience bénévole, la personne sait que donner lui apportera quelque chose, par exemple du lien social, sans que ce soit calculé.
- Un don pour obtenir ce que l’on veut. La personne choisit et planifie son engagement pour atteindre un objectif personnel, comme voyager grâce à l’écovolontariat ou créer une garderie pour faire garder son enfant.
Des préconisations pour les associations
L’article invite les structures à se poser quelques questions avant d’accueillir un bénévole : l’activité est-elle indemnisée ? L’engagement est-il vraiment choisi ? Un proche est-il déjà dans l’association ? L’action est-elle tournée vers autrui ? Il propose ensuite d’adapter l’accompagnement à chaque comportement :
- face à un contre-don imprévu, veiller à ce que la personne reçoive bien les retours classiques du bénévolat : convivialité, satisfaction de défendre une cause, apprentissages ;
- face à un contre-don conscient, adapter l’activité aux attentes exprimées par le bénévole ;
- face à un contre-don planifié, répondre à ses demandes tout en préservant le caractère libre et non contraignant du bénévolat.
Référence
Loïc Damey, « Comprendre les comportements des bénévoles pour mieux agir », Revue Quart Monde, 2025/2, n°274, « L’impact d’un long combat », p. 49-53.